De retour du Drupal AI Summit 2025 : on passe aux choses sérieuses !
Le 9 décembre dernier se tenait à Paris (enfin !) un événement totalement inédit : le Drupal AI Summit. Organisée dans le cadre des API Days, cette journée spéciale rassemblait à la fois des experts techniques et des clients habitués du CMS open source — équipes digitales, marketing ou communication — autour d’un thème devenu central : l’intégration de l’intelligence artificielle dans Drupal, enclenchée depuis le lancement de la Drupal AI Initiative.
3 de nos meilleurs experts — Mikaël Vilchenon, Thomas Coelho et Vadim Mykolenko — s’y sont rendus pour prolonger ce qu’ils avaient entrevus lors de la DrupalCon de Vienne en septembre, avec l’ambition de découvrir une nouvelle vision de leur métier et de leur façon d’utiliser Drupal, en s’inspirant avec une série de cas concrets présentés par des intervenants de la communauté officielle.
Car là était tout l’enjeu. Plus qu’un événement d’innovation pure, le summit s’est imposé comme un rendez-vous de maturité. Drupal veut affirmer haut et fort sa philosophie, celle d’une IA collaborative qui fait travailler conjointement le système et l’humain, et cette journée avait pour mission de le démontrer. Fini donc les promesses abstraites : place aux usages réels, aux solutions applicables dès aujourd’hui dans les projets web !
Dans cet article, nos développeurs reviennent sur les 3 points qu’il fallait absolument retenir de ce premier Drupal AI Summit.

1 - MCP Drupal : des possibilités décuplées
La conférence “Drupal & MCP” de Giorgi Jibladze, cofondateur et CTO d’Omedia, a sans doute été la plus structurante de la journée. Très technique, elle a servi de démonstration sur les capacités de Drupal en tant que serveur MCP — le CMS étant l’un des premiers à prendre en charge ce protocole développé par Anthropic — pour créer des expériences web plus intelligentes.
MCP Drupal : qu’est-ce que c’est ?
MCP agit comme un connecteur entre un site Drupal et un LLM, qu’il soit local ou externe. Concrètement, le MCP Drupal, qui fonctionne via le protocole JSON-RPC, va ouvrir un accès aux données du CMS à des “tools” qui vont réaliser des tâches spécifiques dans le CMS pour le compte de l’utilisateur, comme importer / exporter des données, créer des types de pages, faire de la recherche ou agréger plusieurs sources de données.
Giorgi Jibladze a pour sa part présenté un cas où MCP favorise la contribution de contenus en se connectant directement à une maquette Figma et une page Confluence : il va permettre au LLM de créer des articles, des vues de listing, une taxonomie parfaitement nommée, etc. Cela représente un vrai gain de temps pour le développeur. Chaque élément généré implique des configurations à faire en moins à la main dans le back-office… À condition bien sûr que la configuration initiale ait été rigoureusement effectuée et que le LLM puisse accéder correctement aux données via MCP.

Globalement, le CMS devient plus omniscient, il s’ouvre un peu plus sur le monde, hier en exposant la JSON API, aujourd'hui en embarquant un serveur MCP.
Et demain… des interfaces embarquées sur les LLM avec MCP ?
Un module en cours de déploiement a aussi énormément attiré l’attention de nos développeurs. Un module qui donnerait la possibilité à Drupal, via MCP, d’afficher des composants réels de l’interface du site directement dans la réponse d’un LLM tiers. Artem donne l’exemple d’un utilisateur qui veut consulter une recette, la demande à ChatGPT et se voit exposer cette dernière avec le rendu final du bloc de contenu existant sur un site spécialisé, qui aura été connecté grâce à MCP.
Cette approche pourrait bien rebattre les cartes pour les sites web confrontés à une baisse de trafic, en redonnant accès aux contenus tels qu’ils ont été conçus par les designers, avec leur identité graphique intacte. Nos trois experts voient en tout cas dans cette initiative une opportunité de rendre à César au web ce qui lui a toujours appartenu et de faire taire certaines inquiétudes. Non, avec l’IA, les sites ne vont pas mourir, ils vont juste exister différemment.
Attention toutefois car bien que prometteur, ce module et son fonctionnement n’ont pas encore été détaillés, ce qui implique pour l’heure pour nos développeurs un grand nombre de questionnements sur sa viabilité (comment le connecter, comment le configurer, quel sera le mode d’invocation pour l’utilisateur, les LLM vont-ils comme sur les apps ChatGPT encadrer le rendu des interfaces qu’ils affichent…).
2 - From SEO to GEO : l’équilibre du web est totalement bouleversé
La vision portée par Giorgi Jibladze trouve un écho direct dans celle de Christoph Breidert (1xINTERNET), lors de sa conférence “AIO / GEO — Content optimisation with AI for AI”.
Plus grand public, cette présentation est revenue sur l’évolution des comportements de navigation, progressivement impactés par la montée en puissance des LLM. Les utilisateurs privilégient en effet une recherche directe, avec des contenus inclus directement au sein des résultats, ce qui se répercute forcément sur les taux de visites des sites web. Une récente étude du Pew Research Center avait notamment permis de montrer que moins de 1% des utilisateurs cliquaient réellement sur les liens contenus dans les AI Overviews, les résumés générés par l’IA de Google.
Comment alors repenser les sites gérés par Drupal et leurs contenus ? Comment Drupal permet de répondre aux exigences du GEO (Generative Engine Optimization), qui s’ajoutent aujourd’hui au SEO traditionnel ? Pour Christoph Breidert, la réponse est double.
Elle concerne d’abord les contributeurs, dans leur manière de rédiger et de structurer les contenus pour les rendre indexables par les LLM (et plus seulement par les moteurs de recherche classiques). Ils doivent désormais construire leurs contenus avec plus de précision, moins de mots, avoir une organisation claire (tableaux, listes), des références externes pour renforcer leur crédibilité et multiplier les éléments formulés comme des réponses explicites à des questions. Drupal ne propose pas encore à date d’outils ou modules permettant d’optimiser les contenus et articles pour le GEO mais le sujet étant reconnu comme clé par l’ensemble de la communauté, cela pourrait être amené à rapidement se développer.
Les enjeux du GEO impliquent aussi, dans une moindre mesure, les développeurs Drupal. Leur rôle reste en effet important pour garantir une structuration optimale des données, afin que chaque page puisse être correctement exploitée par les agents. Cela passe notamment par la transformation des contenus en Markdown optimisé pour les LLM, un objectif auquel répond le module Markdownify présenté lors de la conférence, ainsi que la création / l’exportation d’un fichier pour déterminer les éléments que les LLM ne doivent pas indexer. Sur ce dernier point, Drupal propose l’utilisation du llms.txt, sorte d’équivalent du classique fichier robots.txt, en bonne voie pour devenir un standard mais qui n’est pas encore officiellement adopté.
Toutes ces configurations, bien qu’assez rapides à faire, s’ajoutent à celles existantes pour servir le SEO et sont donc centrales pour faire vivre le nouvel équilibre du web et pour permettre de maximiser la visibilité des sites sur l’ensemble des canaux.
3 - Search conversationnel : l’usage le plus abouti à ce jour
Qui dit navigation sur un site dit évidemment recherche. Rechercher un article, un produit, a toujours été un élément central de l’expérience web. Et à l’ère de l’IA, même combat. Ce qui explique certainement pourquoi aujourd’hui, la majorité des expériences intelligentes proposées en ligne s’inscrivent à ce moment clé du parcours. Nous en concevons et développons désormais tous les jours pour nos clients, c’est pourquoi revenir sur cet usage majeur lors de la présentation “How to Build AI Search with Drupal’s No-Code AI Framework” d’Artem Dimitriiev de 1xINTERNET a été un moment charnière dans la journée pour nos développeurs.
Artem y a présenté l’AI Search API, qui permet d’intégrer une recherche intelligente dans Drupal (versions 10 et 11) en s’appuyant sur une base vectorielle et un provider IA. Le principe : vectoriser le contenu du site nécessaire pour répondre aux requêtes. Par exemple, si l’outil de recherche a vocation à exposer des articles, ce sont eux qui seront vectorisés. Les LLM fonctionnent en effet par compréhension des intentions et du contexte, plus avec des mots-clés, mobilisant le fameux processus de “RAG1” (Retrieval Augmented Generation) qui va permettre de donner corps à une vraie recherche conversationnelle (ou de la “recherche sémantique intelligente” comme l’appelle Artem) pour le service, et ce en allant se nourrir dans n’importe quel type de contenus : FAQ, produits e-commerce, mentions légales… C’est aux développeurs d’indexer les contenus qui seront pertinents dans le cadre des questions posées par l’utilisateur et la démonstration faite par Artem a donné des clés tangibles pour y parvenir. Elle a notamment permis de prouver qu’avec l’AI Search (et grâce à MCP), il était possible d’élargir les sources de recherche, par exemple à une FAQ externe, sans complexifier le travail d’indexation pour les développeurs.
À noter aussi que Drupal offre en parallèle une intégration native des vues de résultats, pour un rendu fluide et naturel côté utilisateur.
Ces fonctionnalités sont toutes directement exploitables dans nos projets et permettent de tourner définitivement la page du chatbot “à l’ancienne” pour projeter nos clients dans l’ère de la recherche intelligente.
BONUS - Souveraineté des données… vraiment ?
Ce sujet là, il faut dire qu’on l’attendait car il en va de notre responsabilité. En tant qu’agence. En tant que développeurs. Face à la multiplication des projets d’IA, des questions demeurent : où sont stockées les données ? Qui les contrôle ? Et comment garantir leur sécurité, notamment pour des sites sensibles ou relevant du secteur public ?
Ces interrogations dépassent largement le cadre de Drupal et concernent l’ensemble des projets intégrant de l’IA, ainsi que les cadres légaux nationaux et européens. Historiquement, la communauté Drupal en a fait une priorité, ce qui explique la présence au programme de la conférence “Private & Secure AI: a data sovereign, compliant solution for your team”.
Une intervention nécessaire, mais qui a laissé nos développeurs légèrement sur leur faim, car très centrée sur la présentation de la solution Amazee, exposée par Dan Lemon. Celle-ci permet de cloisonner et d’héberger les données exploitées par un LLM afin de garantir au client un contrôle total. Une piste intéressante, mais qui rappelle aussi que la question de la souveraineté reste, à ce stade, un chantier en cours plus qu’une réponse définitive.
En conclusion
Le moins que l’on puisse dire, c’est que ce Drupal AI Summit aura été résolument pragmatique. Nos développeurs ont pu se projeter dans les possibilités très concrètes de leur CMS fétiche (oui, à ce niveau d’attachement, on peut parler sans rougir de Droupies) et c’était précisément ce qu’ils étaient venus chercher. En se positionnant comme orchestrateur d’un écosystème d’agents variés, Drupal ouvre un champ d’opportunités riche et cohérent, qui donne enfin du sens à l’IA dans des projets web complexes. C’était d’ailleurs tout le propos de Emma Horell, User Experience Manager à l’Université d’Edimbourg, venue exposer l’intérêt de la génération de contenus dans un workflow de éditorial qui implique plus d’une centaine de sites Drupal.
Mention spéciale aussi aux conférences de Marcus Johansson sur l’ensemble des modules IA disponibles sur Drupal à ce jour, de Jamie Abrahams sur l’administration du back-office par les agents, de Kristof Van Tomme sur la documentation assistée par IA, ou encore d’Andrew Mallis sur l’IA appliquée à la migration de données. Autant d’usages qu’il était pertinent de se remémorer et de creuser.
Mais au-delà des contenus, nos développeurs ont surtout apprécié l’émulation de la communauté. Une dynamique qui dépasse largement le cadre de l’IA et qui confirme l’ambition de Drupal de devenir la référence mondiale des CMS open source, amorcée depuis quelques mois avec de multiples annonces de nouveautés. On pense notamment aux fonctionnalités ECA ou encore Canvas dont nous parlions déjà dans le récap’ de la DrupalCon de septembre. Toutes s’inscrivent dans cette logique : offrir plus de puissance, de qualité et de contrôle à l’ensemble des parties prenantes du projet Drupal.
Et si les interrogations sociétales et professionnelles autour de l’IA restent légitimes — notamment sur l’avenir du métier de développeur — Drupal diffuse une vision résolument positive. Partagée par Mikaël Vilchenon, Vadim Mykolenko et Thomas Coelho : le métier ne disparaît pas, il évolue. Plus centré sur l’orchestration et la validation d’un écosystème d’agents toujours plus riche. Le développeur devient plus productif, mais surtout plus expert. Car si l’IA démultiplie les capacités, l’humain reste le garant de l’expérience, de la sécurité et du sens.
Maintenant, comme on dit… il n’IA plus qu’à !
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1 La génération augmentée par récupération, dit RAG, est une solution technologique qui va permettre d’améliorer les réponses des LLM en leur donnant accès à des connaissances issues de bases de données spécifiques à une entreprise, une marque, un site…



