Android 14 et iOS 17 : le point après les sorties officielles
En mars dernier, nous vous faisions nos prédictions sur les nouveautés qu’apporteraient les nouvelles versions des deux OS phares : Android 14 et iOS 17. Une Google I/O, une WWDC et surtout de longs mois de beta test plus tard, elles sont désormais disponibles pour le grand public : depuis le 18 septembre pour iOS et progressivement depuis fin août pour Android. Alors que retenir vraiment de ces mises à jour pour vos applications mobiles ?
iOS 17, vers des expériences plus intuitives
Mode Standby (ou mode veille), NameDrop pour le partage de fiche de contact, personnalisation de ces mêmes fiches, fonction Check-In… Si la WWDC avait déjà levé le voile sur les nouvelles fonctionnalités phares d'iOS 17, son déploiement à grande échelle récent a permis de confirmer leur intérêt pour les concepteurs d’applications mobiles. Mais concrètement, ça change quoi pour les marques ?
Des widgets plus interactifs
Avec iOS 17, les utilisateurs peuvent désormais interagir réellement avec les widgets présents sur leur écran d’accueil, leur écran de verrouillage ou encore… leur écran à l’horizontale (c’est-à-dire en mode veille). Il est par exemple possible de cocher une tâche dans Notes, de lancer un podcast dans Spotify, d’allumer une ampoule dans son domicile depuis l’app Maison ou encore de déclencher une Live Activity pour vérifier le temps d’attente d’une livraison en cours ou le score d’un match en temps réel. Une bonne occasion pour créer de l’engagement auprès de votre cible avant même l’ouverture de votre app. Pour faire profiter à vos apps de cette nouvelle interactivité, quelques modifications sont à apporter depuis WidgetKit et/ou ActivityKit. Côté rendu, SwiftUI va permettre d’adapter la couleur et l’espacement du widget à son nouveau contexte.

TipKit, pour apporter la dose de pédagogie qu’il manquait aux apps
TipKit est un nouveau framework à exploiter sous iOS17 qui permet de mieux guider vos utilisateurs dans l’utilisation de votre app, en les informant intelligemment, au bon moment, sur vos fonctionnalités et toutes les interactions possibles. Très utile pour soigner l’onboarding des nouveaux utilisateurs. À noter que ces petites “astuces” contextuelles intégrées dans le parcours sont personnalisables, notamment en matière de fréquence, pour éviter d’exposer plusieurs fois les returning visitors aux mêmes conseils.

Une exécution plus rapide & pratique des shortcuts
L’application Shortcuts (ou Raccourcis) a été totalement repensée dans la nouvelle version de l’OS d’Apple, incluant de nouvelles possibilités d’actions et d’automatisations à personnaliser par l’utilisateur. Côté exécution, là-aussi, du nouveau. Tous les raccourcis liés à vos apps apparaissent désormais dans Spotlight et l’utilisateur peut aussi choisir, accessibilité oblige, de les exécuter à la voix. Sur les iPhone 15 Pro et 15 Pro Max, le nouveau bouton Action (qui remplace le bouton Silencieux) peut aussi être configuré pour exécuter une action. Plus globalement, autoriser pour votre app la création de raccourcis peut, avec iOS 17, représenter un bon moyen d’inscrire vos fonctionnalités clés dans les usages quotidiens de vos utilisateurs : pour ouvrir et visualiser en un mouvement le score d’un match, la météo du jour, commencer une liste de courses, consulter leurs comptes, déclencher un virement rapide…

De nouveaux plans pour Plans
Pour la sortie d’iOS 17, MapKit fait peau neuve dans SwiftUI et facilite considérablement l’intégration de cartes dans vos apps. En plus du mode hors ligne, que nous avions déjà spotté en juin (très utile pour des services B2B dirigeant des professionnels en intervention sur le terrain), d’autres nouveautés devraient permettre de booster vos expériences mobiles. À savoir : la possibilité d’intégrer des morceaux de cartes détaillés (d’une ville, un campus, un parc, un domaine), de créer des filtres pour afficher uniquement certains points d’intérêts (un réseau de magasins, un lieu en particulier), d’explorer différents styles de rendus (carte classique, satellite, Look Around1 ou hybride) et même de créer des mises en avant de zones en une ligne de code (pour symboliser une zone interdite sur le lieu d’un gros événement par exemple).

Sésame, ouvre-toi grâce aux Passkeys
Avancée importante côté sécurité : iOS 17 prend en charge les Passkeys ou clés d’accès2 comme nouvelle méthode d’authentification (avec plus de couches) sur toutes les apps et les sites web intégrant la technologie. Plus sécurisés et faciles à utiliser que les mots de passe, les Passkeys sont aussi partageables entre tiers de confiance. Ils représentent donc une piste intéressante à creuser pour des apps nécessitant des niveaux de sécurité élevés en matière d’authentification, dans le secteur bancaire notamment. D’autres acteurs qui font coïncider IoT et authentification pourraient aussi y trouver un vrai intérêt, par exemple pour envoyer une clé d’accès déverrouillant une voiture ou la porte d’une chambre d'hôtel.

Et si vous êtes toujours attachés aux bons vieux mots de passe, sachez que le remplissage automatique des champs dédiés depuis l’app Mail de vos utilisateurs est désormais faisable sous iOS 17.
Toujours plus d’IA
Que serait un article en 2023 qui ne parle pas d’intelligence artificielle ? A priori, un ovni. Avec le sujet iOS 17, on ne déroge pas à la règle puisque Apple a dévoilé des extensions de ses frameworks CreateML, CoreML, Speech ou encore Vision pour vous permettre de façonner des expériences de machine learning plus efficaces et puissantes pour vos apps, qu’elles soient basées sur de l’analyse visuelle, textuelle ou vocale. Si l’on reste sur le domaine de l’authentification, ces nouvelles versions de frameworks pourraient par exemple permettre d’affiner la reconnaissance de gestes lors de la connexion à un compte personnel de service, optimisant alors son accessibilité.
Petit point potin
Rappelez-vous, en mars, nous vous parlions de l’arrivée des app stores tiers sous iOS 17. Plot twist : ce n’est pas encore chose faite ou plutôt, c’est un sujet qu’Apple continue de passer sous silence. En effet, nul doute que la firme travaille dessus mais elle semble attendre le dernier moment (mars 2024) pour se conformer aux obligations imposées par le Digital Markets Act. Si elle n’a aucun intérêt à communiquer dessus, cela n’empêche pas les entreprises concurrentes de se préparer, à l’image de Setapp, qui pourrait proposer des commissions plus compétitives sur son store. Affaire à suivre donc et à creuser pour des acteurs multimarques qui voudraient proposer leur propre magasin d’apps et ainsi fidéliser autour de leur écosystème complet.
À la marge, iOS 17 regorge de bien d’autres petites nouveautés qu’il conviendrait de lister ici, comme l’ouverture et la facilité de lancement des nouvelles expériences partagées sur SharePlay, l’amélioration des notifications des web apps ou de la reconnaissance audio dans ShazamKit, les transferts inter-cartes dans Apple Wallet, les avancées en matière de synthèse vocale… Mais il commence à faire faim et il semble donc temps de s’attaquer à ce fameux gâteau renversé ou Upside Down Cake. Bon, pas de goûter en vue en réalité puisqu’il s’agit en fait du petit nom choisi cette année pour la nouvelle version de l’OS concurrent, Android 14.
Android 14, vers des expériences plus personnelles et sécurisées
Qu’on se le dise, depuis les prémices d’Android 14, nous avons craqué. Craqué pour le nouveau look de Bugdroid, la mascotte de l’OS, dévoilé avec son nouveau logo (doté cette fois d’un A majuscule, s’il vous plaît) en marge du déploiement officiel de la mise à jour.

Mais trêve de digressions, passons aux choses sérieuses. Car il y a quelques mois, Android avait déjà attiré notre attention, mettant en avant quelques fonctionnalités plutôt intéressantes pour les utilisateurs, comme le fameux retour en arrière prédictif, des nouveaux assets d’interfaces plus accessibles (du moins, plus gros) et l’utilisation omniprésente de l’IA pour, par exemple, générer des fonds d’écrans ou avoir des recos intelligentes dans la messagerie. La phase de test passée, ce sont sur d’autres sujets que nous nous sommes arrêtés, constatant qu’Android semble avoir choisi ses chevaux de bataille cette année : faire de cette version de l’OS une version plus responsable et surtout plus personnelle. Si les nouveautés sont plus discrètes que sur iOS 17, engendrant peut-être moins d’opportunités, elles n’en restent pas moins impactantes pour vos apps et nécessitent quelques adaptations, dans la technique bien sûr mais aussi dans la philosophie.
À 200% dans les problématiques d’accessibilité et d’inclusion
Nous vous en parlions en mars, c’est confirmé. La fonctionnalité permettant aux utilisateurs d’agrandir la taille des textes de vos apps jusqu’à 200% (et plus seulement 130%) va permettre de les rendre plus lisibles pour les personnes malvoyantes ou âgées. Une jolie avancée éthique mais aussi un moyen d’élargir vos audiences, sans trop compliquer la tâche des développeurs qui connaissaient déjà les enjeux des tailles de typos adaptables. En revanche, cette nouvelle fonctionnalité sera à garder en tête au moment du design de vos interfaces, afin d’anticiper la prise en charge de ce zoom plus avancé, nécessitant aussi certainement des tests un peu plus poussés.

“Cette nouvelle feature a un impact non négligeable en phase de conception car les designers devront décliner les écrans concernés pour s'assurer d'un rendu optimal et adapter les comportements. Cela peut être le cas pour des titres un peu longs qui passent d’une à plusieurs lignes. Il faut bien en tenir compte pour des raisons d’accessibilité et donc garder à l’esprit que beaucoup de personnes utilisent la taille maximum de typo sur leur OS.”
Anne-Sophie Gotteland, Lead UI Designer
Autre nouveauté très attendue côté inclusion cette fois : la mise à disposition de l’API d’inflexion grammaticale qui permet à vos apps de prendre en charge les langues genrées (comme le français, l’espagnol ou encore l’allemand) et donc d’adapter les wordings en conséquence.
“L’utilisateur va toujours préférer qu’on le personnifie, qu’on le reconnaisse pour ce qu’il est. L’illusion de proximité - qui peut être créée avec cet effort d’adaptation au genre - est considérée comme un “User Delight”. Il est donc malin pour les marques de capitaliser sur ce petit ‘moment de plaisir’ qui va avoir un impact fort sur la perception de l’ensemble de l'expérience de l'utilisateur.” Noemi Sponga, UX Designer.
Noemi Sponga, UX Designer
Langues, régions : des expériences plus intimes
Android 14 prolonge les fonctionnalités de préférences linguistiques introduites avec Android 13 puisque les utilisateurs pourront, au niveau système, personnaliser leur choix de langue pour chacune des apps installées sur leur smartphone. Même chose pour les “Préférences Régionales” : ils détermineront une seule fois dans un nouvel espace de Paramètres leurs choix en matière de metrics, selon leur lieu de vie ou d’origine : unités de mesure (degrés, distances, poids…), type de calendrier, 1er jour de la semaine… Concrètement, la remontée de ces préférences signifie pour vos apps beaucoup plus de facilité d’adaptation et l'opportunité d’offrir des expériences plus précises d’affichage.

Dis-moi ce que tu screen et je te dirais qui tu es
Une fonctionnalité passée inaperçue dans la plupart des récap’ mais qui a semblé à nos experts une petite mine d’or en matière de tracking… Android 14 vous permet désormais de détecter lorsqu’une capture d’écran est effectuée dans votre app. Au-delà de surveiller la capture de données sensibles (rappelons que certaines apps, notamment bancaires, sont déjà en mesure de bloquer les screenshots), cette nouveauté peut permettre de tirer des conclusions sur le comportement de vos utilisateurs pour proposer potentiellement du nouveau fonctionnel. Prenons l’exemple d’une application e-commerce. Si vous constatez que de nombreux utilisateurs capturent régulièrement les factures présentes dans leur compte, vous pouvez imaginer leur proposer une fonctionnalité pour les télécharger au format pdf. Vous pouvez aussi imaginer ajouter des fonctionnalités de partage en dehors de vos apps pour certaines captures : les campagnes de communication importantes en home, les collaborations dans les pages produit…

Une affaire de consentement
Au-delà des enjeux de personnalisation, vous l’aurez compris, Android 14 est une version du système qui se veut plus éthique. Et cette ambition passe en grande partie par une meilleure sécurité pour les utilisateurs, à travers quelques modifications et ajouts qui peuvent impacter vos applications.
On retiendra notamment, dans la continuité des réflexions entreprises sur les droits accordés aux apps avec Android 12 (à l’époque sur la géolocalisation et les notifications), un changement important sur les autorisations d’utilisation des photos & vidéos dans les apps. Dorénavant, les utilisateurs pourront choisir d’accorder l’autorisation aux applications d’utiliser leurs médias personnels de façon plus découpée : soit lorsqu’ils utilisent l’app uniquement, à chaque session, tout le temps, juste en background… Pour les développeurs, cela implique d’intégrer une nouvelle façon de coder, pour être en mesure de s’adapter aux différents scénarios.
À mentionner également sur la sécurité :
- Une limitation des accès des apps aux données sensibles dans le cadre de fonctionnalités d'accessibilité (car des enquêtes ont révélé que de nombreuses applications malveillantes profitaient des vulnérabilités de certains utilisateurs pour leur voler des données).
- Une obligation à faire évoluer les systèmes en rendant toutes les applications ciblant un niveau d’API inférieur à 23 obsolètes (c’est-à-dire qu’il ne sera plus possible de les télécharger ou les mettre à jour depuis un magasin d’apps).
- Un meilleur contrôle pour les utilisateurs vis-à-vis des plateformes de téléchargement d’apps tierces. Cela signifie que lorsqu’une app a besoin d’une autre app pour faire marcher une partie de ses fonctionnalités, elle devra le signaler dès le téléchargement et demander l’approbation de l’utilisateur. Utile par exemple lorsque vous êtes une app généraliste sur le sport qui embarque une section dédiée à la vidéo en live ou replay provenant d’un autre service.
Besoin d’accompagnement pour faire évoluer vos applications vers ces nouvelles versions iOS et Android ? Contactez nos experts mobiles.
1 - L’équivalent du Street View de Google Maps.
2 - Une passkey contient des données chiffrées asymétriquement permettant d’attester de l’identité d’une personne qui tente de se connecter à son compte sur une plateforme. Concrètement, il y cohabite deux clés de chiffrement - une clé publique (stockée sur la plateforme) et une clé privée (stockée localement) - qui communiquent ensemble au moment d’une connexion.


