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Inclusion, accessibilité, bilan carbone, IA… Tout est une question d’impact

Marie Billon Directrice Com & Études
Marion Griesemann Responsable Éditoriale
28 Février 2023 • Lecture 10 min

Les Trendwatchers de USERADGENTS étaient de sortie pour la MaddyKeynote, la célèbre journée de conférences et tables rondes organisée par Maddyness, média spécialiste de l’écosystème start-up / innovation. Une journée fraîche mais ensoleillée sous la verrière du Carreau du Temple, placée sous le signe de l’impact social et environnemental. 

On vous fait part des éclairages qui nous auront le plus marqué - à l’exception de la conf’ d’André Manoukian sur l’IA et la musique qui figurerait certainement dans notre top si la programmation n’avait pas changé last minute l’horaire de son intervention… ayant pour répercussion LE drame de notre journée : louper Dédé. 

9h30. Entrée en matière sur la responsabilité numérique des entreprises

...avec Maya Noël, DG de France Digitale, Julien Nicolas, Directeur Numérique Groupe & Président 574 Invest chez SNCF, Raphaël Auphan, DG du moteur de recherche français Qwant.

Naturellement, on observe une montée en puissance des enjeux RSE en vue d’une réconciliation entre le digital et le social/environnemental qui se traduisent par des thèmes clés, revenus à maintes reprises durant cette journée. 

Données & privacy

Si la RGPD fixe un cadre Européen imposant la mise en conformité des entreprises, les données des utilisateurs demeurent collectées et source de défiance : seulement 50% des français se sentent protégés et 90% attendent plus d’accompagnement dans la protection de leurs données personnelles selon le Baromètre mis en place par le moteur de recherche RGPD-compliant Qwant (avec d’autres acteurs). Autre chiffre qui donne le tournis : les données d’un Européen sont en moyenne captées 376 fois par jour selon un rapport de la DPC, la CNIL Irlandaise. Celle même qui a frappé Meta d'une amende de 265 millions d'euros, pour ne pas avoir suffisamment protégé les données de ses utilisateurs du "scraping". 

Aujourd’hui, la donnée est le capital, l’or de nos sociétés, pour reprendre les mots de Maya Noël. Il faut en prendre soin et donc être responsable vis-à-vis d’elle. Pourquoi ? 

  • Car elle consomme de l’énergie, de la bande passante.
  • Car elle n’est pas toujours utilisée à bon escient par les GAFAM d’où l’enjeu autour de la souveraineté des données. Il faut créer des champions qui pourront challenger les géants, à la manière de Qwant. Lire notre tribune sur la Souveraineté numérique. 
  • Car elle impacte les clients et nécessite donc d’être sécurisée. Cela implique d’être transparent sur la collecte, de prendre soin de la construction des algorithmes et de lutter contre les biais. 

Impact environnemental

Tous s’accordent pour dire qu’aujourd’hui, dresser son bilan carbone est complexe, notamment en ce qui concerne le 3ème scope.

Petit cours des 3 scopes d’émissions de gaz à effet de serre : 

  • Scope 1 : émissions directement liées à la fabrication du produit. 
  • Scope 2 : émissions liées aux consommations d’énergie nécessaires à sa fabrication.
  • Scope 3 : émissions pas directement liées à la fabrication du produit, mais à d’autres étapes de son cycle de vie (approvisionnement, transport, utilisation, fin de vie…).

Pour reprendre les termes de Marie-Anne Vincent, VP Climate Finance de Sweep (plateforme Saas visant à automatiser la collecte de données et calculer l’impact), pour vraiment amorcer une transition énergétique, il faut se baser sur le collectif, le network (partenaires, prestataires…) et la data. 

Le cas de la SNCF pour réduire son impact carbone :

Malgré son statut de “mode de transport green by design”, le groupe SNCF représente 10% de la consommation électrique industrielle et 2% de la conso électrique Française. La réduction de son impact environnemental se fait à la fois d’un point de vue du matériel - 150K agents équipés de tablettes, téléphones etc - et d’un point de vue consommation des data centers. Pour ce faire, deux chantiers sont activement menés en interne : 

  • GREEN IT : favoriser la juste dotation du matériel pour les agents et prestataires, fournir des appareils plus robustes et durables pour éviter de renouveler le parc trop souvent et faire appel aux filières de seconde vie : 45K ordinateurs ont ainsi été remis sur le marché. 
  • IT FOR GREEN : capitaliser sur des data centers plus solides, qui se conservent dans la durée, équiper les infrastructures et train de capteurs pour optimiser l’énergie (alerte si un système reste allumé et ainsi l’éteindre automatiquement….), ou encore modéliser le trajet d’une ligne pour donner des indications au conducteur sur des façons d’optimiser ses maneuvres pour économiser de l’énergie. 

On retient également : 

  • Le recrutement de postes dédiés dont des “Chief Impact Officer” pour évangéliser autour des bonnes pratiques.
  • L’extension Qwant VIPrivacy pour bloquer les appels serveurs inutiles.

Pour s’inspirer et se donner bon espoir, on vous invite à suivre la classification des start-ups à impact de France Digitale et Bpifrance, qui expose l'écosystème florissant de boîtes qui répondent aux 17 objectifs de développement durable fixés par l’ONU à atteindre d’ici 2030. Good news: en France, on observe une hausse de +28% de startups à impact en 2022 vs 2021 et 26% des startups cartographiées sont labellisées Bcorp.

Inclusion sociale & accessibilité

Si le sujet n’est pas nouveau, il a le mérite d’être pris à bras-le-corps dans plusieurs des tables rondes avec des prises de positions claires et des actions concrètes face à l’illectronisme, aux mutations des métiers sous l’impulsion du numérique, à l’accessibilité des services digitaux…

La formation et l’acculturation constituent sans aucun doute le socle fondamental pour réduire les inégalités face au numérique et accompagner dans une reconversion face aux mutations des métiers. La SNCF a par exemple fondé son école du numérique pour proposer des modules d’acculturation à ses collaborateurs et forme actuellement 334 agents au numérique pour les accompagner dans un nouveau métier au sein du groupe. 

Penser accessibilité c’est aussi favoriser l’innovation universelle. À savoir designer les services numériques au prisme de ceux pour qui c’est le plus compliqué, et alors cela conviendra à tous. L’exemple qui remet les idées en place : la télécommande ! Elle était au départ conçue pour ceux qui ne pouvaient pas se déplacer jusqu’au poste de TV pour allumer, zapper, régler le son etc. Aujourd’hui, elle remporte tous les scores d’usage. 

Pour creuser davantage ces sujets et actionner des leviers concrets dans vos écosystèmes, France Digitale met à disposition des entreprises et start-ups une toolbox sur les critères ESG pour évaluer et optimiser ses performances Environnementales, Sociales et de Gouvernance.

11h40. Le bon, la brute & l’impactant

Au-delà du nom de la séquence qui a bien sûr eu son petit effet sur nos Trendwatchers fans de jeux de mots et de western, c’est aussi son introduction façon jeux de rôles qui nous a tout de suite plu avec Anthony Babkine, co-fondateur et délégué général de l’association Diversidays dans le rôle de la brute, Jenny Tordjman, DG de Goodeed dans le rôle du bon et Marie-Anne Vincent, VP Climate Finance de Sweep dans le rôle de l’impactant. 

Et la brute attaque fort : Inclusion et diversité = performance. L’enjeu d’inclusion et de diversité doit être perçu comme un gage de performance pour les entreprises.

Le monde de la tech est celui qui recrute le plus aujourd’hui avec 10% des offres de jobs. Or, les profils sont trop souvent les mêmes (Anthony Babkine parle de clonage), venant du même milieu social et manquent de diversité. 

L’association Diversidays milite pour redonner confiance aux personnes en recherche d’emploi, leur offrir les clés et les formations nécessaires pour réussir une reconversion dans le numérique (7000 personnes accompagnées en 2 ans) et forme en parallèle les entreprises et les start-ups pour qu’elles adoptent des critères d'inclusion et des outils de mesure (âge, géographie, parité salariale etc) permettant d’aller vers le changement. 

“Ce qui ne se mesure pas, ne se change pas”. L’association a notamment œuvré à la mise en place - avec des fonds d’investissement -  d’une clause forçant les entreprises à adopter une politique de diversité si elles souhaitent être financées. 

Du côté de Jenny Tordjman et de Goodeed, l’ambition est de redonner de la valeur à la publicité, dans le sens circulaire du terme (faire moins mais mieux) et donc de redistribuer la richesse, face à une pub qui a perdu de sa valeur sur le digital, tant elle est en abondance.

Pour ce faire, Goodeed vise à aider les marques, les médias et les régies à améliorer leur impact dans le cadre de leur politique RSE, en reversant 60% de leur budget pub à des associations dans des domaines variés (300 associations partenaires vérifiées par des labels). 

12h20. On enchaîne avec une table ronde sur l’intelligence artificielle

...qui fait écho aux discours précédents tant l’inclusion et la diversité des profils dans les corps de métiers est impérative pour éviter les biais, inconsciemment transmis aux machines. 

Tour de table des intervenants et cas d’usages concrets pour aider l’audience à se projeter : 

William Eldin, CEO & co-fondateur de XXII (se prononce 22) : spécialiste de l’analyse de flux vidéo en temps réel grâce à un réseau de caméras, qui permet d’éteindre et rallumer des lumières seulement lorsqu’il y a un passant, monitorer des feux de circulation, ou encore aider au management des restaurants (débarrassage de plateaux, stocks, ménage…).

Jeremy Jawish, co-fondateur et CEO de Shift Technology : une IA pour l’assurance qui permet de détecter les fraudes, faciliter la déclaration des sinistres en temps réel, déterminer la responsabilité & la couverture pendant un échange. Des usages plus ou moins populaires selon les pays et leurs règlementations.

Vincent Luciani, fondateur d’Artefact : entreprise de conseil en data science pour aider les entités à construire leurs propres outils d’IA, comme Carrefour et ses boulangers augmentés qui peuvent anticiper les besoins en viennoiseries ou le cas de prisonniers accompagnés dans leur recherche d’emploi avec ChatGPT.

Une question centrale dans cette table ronde : faut-il avoir peur de l’IA ? Et une réponse claire : non, il faut faire tomber les peurs. Car si la tech est en avance sur la régulation, les acteurs se contrôlent eux-mêmes malgré toutes les difficultés liées au travail sans cadre (à part le RGPD). A titre d’exemple, Meta lui-même a décidé de ne pas mettre sur le marché un “Prompt to video” extrêmement puissant qui permettait sur simple énonciation d’un script, de réaliser une vidéo, avec tous les risques de deepfakes que l’on peut imaginer. Alors, si l’IA est un vecteur d’avenir au fort potentiel de développement pour tous les intervenants, charge aux acteurs de prévenir les risques, par exemple en monitorant l’apprentissage des IA ou en les entraînant à remettre en question certaines interprétations douteuses voire discriminantes avec des BDD très documentées, des équipes dédiées à l’éthique et de (futurs) accords législatifs.

Quel avenir pour l’IA ? 

  • Tous reconnaissent la performance et l’avenir de ChatGPT et plus généralement de l’IA générative. Si l’IA jusqu’à maintenant servait à faire de l’analyse, de la prédiction, elle favorise désormais la création de sons, images, vidéos, textes… Ce qui serait bon pour la productivité et la créativité. 
  • Il faut traiter l’IA sur des temps longs, comme on l’a fait sur le software il y a 30 ans, et rester agile, sérieux & méthodique. 
  • Il faut désormais apprendre à faire de l’IA avec peu de données ou de la donnée incertaine car elles consomment beaucoup d’énergie et menacent l’intégrité des personnes.

14h40. Planète fashion

Alors qu’on se tâte à dégrafer le bouton de notre jean taille haute pas sûr d’être tout à fait eco-friendly, on écoute Yann Rivoallan, Président de la Fédération Française du Prêt-à-Porter Féminin, Maud Sarda, co-fondatrice et directrice de Label Emmaüs et Lucas Bonnichon, co-fondateur et CEO de la marque de vêtements ForLife nous parler de la planète fashion. Ce secteur qui a du mal à digérer (un peu comme nous post pause dej) toutes les bonnes pratiques qui fleurissent pour s’en emparer et passer à l’action ! Et oui, il faut du temps pour la transition écologique (beaucoup plus que pour la transition numérique qui avait une optique 100% business), car on est forcé d’adopter une vision plus pédagogique et anticipative. D’ailleurs, il faudrait plus parler de révolution écologique que de transformation écologique car il faut tout revoir : les marges, les moyens, la production, le partage des richesses... Emmaüs est justement au carrefour des transitions numériques, écologiques et sociales. Car l’écologie ne peut pas aller sans combats sociaux (l’impact écologique des plus aisés est 5 fois supérieur à celui des plus précaires). Cela signifie intégrer inclusion et diversité dans la démarche, surtout quand il s’agit de mode. Par exemple, Label Emmaüs emploie 10% de personnes en réinsertion. 

Alors que faire pour aller plus vite dans cette révolution écologique :

  • Œuvrer pour une meilleure localisation des marques avec des modèles vertueux comme ForLife qui se basent sur la précommande.
  • Sensibiliser aux dons de vêtements des marques (et l’assumer).
  • Construire une chaîne de valeur avec des partenaires économiques et sociaux : Seb et sa jointventure sociale traite les retours clients en les faisant réparer par des personnes en réinsertion. 
  • Être transparent sur ses actions et sa démarche écologique : 75% des citoyens ne croient pas en les engagements des entreprises selon Mouvement Impact France et Harris Interactive. A commencer par ceux qui se mettent à la seconde main en offrant des bons d’achat et encouragent la re-consommation. 
  • Poser une grille de lecture commune à tous les acteurs pour éviter le greenwashing, même si on peut considérer que c’est le début de la transition (ils ont parlé, ils sont obligés d’agir) nous dit Yann Rivoallan.
  • Lutter contre les entreprises type Shein.

Oh on oubliait presque la punchline de cette journée “Born to be alive” qui aura - malgré notre pugnacité à ne pas laisser Patrick Hernandez entrer dans notre tête - eu raison de nous pendant des jours... Alors ça résonne comment chez les intervenants de la MaddyKeynote (et on conclura la-dessus) ? Continuer à se transformer pour rester vivant, être fou (innovant) mais responsable, chaque action compte, la technonologie doit rendre plus vivant et pas l’inverse (quitte à tout couper), viser les solutions et actions (et pas la lune, sorry Amel Bent). 

À l’année prochaine !

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